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Les Ekovores, une agriculture circulaire pour Nantes

Utiliser le modèle d’économie circulaire pour alimenter une communauté urbaine de 580 000 habitants : telle est l’ambition du projet « les Ekovores », développé pour l’agglomération nantaise. A l’initiative de la démarche, deux éco-designers, Laurent Lebot et Victor Massip, fondateurs du cabinet Faltazi. Depuis longtemps au service d’un grand groupe d’électroménager, ils développent en parallèle leurs propres prototypes en affirmant l’écoconception comme leur marque de fabrique, soucieux de prouver aux consommateurs et aux industriels qu’une nouvelle approche est possible. Après Ekokook, cuisine conceptuelle pensée comme « une zone d’échange et de confluence », les Faltazis – comme ils se surnomment – concentrent désormais tous leurs efforts sur leur projet Les Ekovores. Revenons sur ce modèle qui est imaginé pour « alimenter Nantes avec une agriculture sans pétrole en 2030 ».

La genèse du projet

A la suite du projet Ekokook (2010), les Faltazis ont eu l’envie d’extrapoler le principe de la réutilisation des ressources à plus grande échelle, s’inspirant directement de la symbiose industrielle et des exemples connus dans le monde (notamment Kalundborg au Danemark).

Comment nourrir Nantes en 2030 dans un monde où la raréfaction des ressources fossiles est devenue la norme ?

L’idée première est d’imaginer un système global, impliquant une multitude d’acteurs urbains et périurbains allant des producteurs aux consommateurs. Les déchets produits par l’un sont ressources de l’autre, créant une relation étroite de dépendance et de coopération. A la manière d’un écosystème, le modèle dès lors attentif aux modifications du milieu est plus à même de réagir en cas de perturbation et capable d’une forte résilience. Mais comment construire cette idée avec les contraintes, les impératifs, l’échelle d’une ville ?

Un travail de recherche bibliographique et d’enquêtes a été nécessaire afin de trouver les éléments pertinents à intégrer au modèle circulaire : AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), compostage collectif pour un immeuble, conserverie collective etc. Ce débroussaillage a permis aux Faltazis d’avoir en mains tous les éléments du système Les Ekovores. Ajoutant à cela leurs compétences en matière de design et d’écoconception, ils ont pu construire un modèle crédible, répondant en théorie à l’objectif qu’ils s’étaient fixé.

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Le projet en détail

Le projet est construit autour de l’idée des « quartiers fermiers » : les déchets organiques des Nantais, transformés en fertilisants, sont utilisés pour la culture de légumes dans des exploitations agricoles périurbaines. Détaillons pas à pas les tenants et les aboutissants des Ekovores.

Produire
Durant le XXè siècle, la production mondialisée et l’urbanisation croissantes ont peu à peu motivé la délocalisation des exploitations agricoles de plus en plus en arrière des villes, renversant le modèle d’utilisation des sols de Von Thünen. Selon ce dernier, « les produits ayant des coûts de transport élevés (légumes, lait dans le cadre du calcul de l’époque) sont localisés où la rente foncière est la plus élevée. À l’inverse, les produits ayant des coûts de transport plus faibles (bétail vif par exemple) sont localisés dans les zones les plus éloignées du marché.» (Source Wikipedia)

Il est nécessaire de produire plus près des villes, pour diminuer les charges de transport et les émissions de GES. Les Ekovores prévoient l’implantation d’une véritable ceinture verte en périphérie des villes, sur les friches existantes qui seraient alors mises en location aux agriculteurs. En peu de temps, il faudrait installer une centaine d’exploitations allant de l’élevage au maraîchage, pour subvenir aux besoins des Nantais. Afin de favoriser cette implantation rapide, les Faltazis ont imaginé des fermes d’urgence et des poulaillers en préfabriqué. Des modules électriques éoliens basés sur la technologie de l’hydrogène assureraient l’apport en énergie de l’exploitation.
Produire près des villes, c’est bien. Mais produire en ville, c’est mieux. En intégrant l’agriculture au centre urbain, le lien exploitant-consommateur est favorisé. Le fleuve ligérien, qui traverse la ville, serait le support de cette production : l’installation de serres tunnels sur les berges de la Loire et de jardins familiaux flottants sur le fleuve optimiserait l’espace et impliquerait le riverain dans la culture maraîchère. En complément, afin de garantir la pollinisation des fruits et légumes, des ruches seraient installés en différents points de l’agglomération.

Distribuer
La vente des produits issus de la ceinture verte et des jardins urbains serait assurée par la multiplication des AMAP déjà existantes sur l’agglomération nantaise. Favorisant une nouvelle fois le lien entre le producteur et le consommateur, la distribution des denrées serait assurée en partie par des « barges marché », véritables échoppes flottantes se déplaçant de point de vente en point de vente.

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Transformer
Plus attentif aux demandes des consommateurs, le modèle Ekovores n’évite cependant pas les invendus. Les Faltazis ont imaginé des conserveries de quartiers, capables d’absorbés ces surplus pour les valoriser en bocaux et éviter le gaspillage.

Valoriser
Pour que la boucle soit complète, il faut envisager le devenir des déchets organiques, aussi variés les uns que les autres (épluchures, déchets verts, excréments…).

La mise en place de composteurs collectifs repartis en plusieurs points de la ville et entretenus par des maîtres composteurs, permettrait à chacun de venir déposer ses déchets organiques (environ 30% des déchets ménagers). Les masses de compost obtenues seraient redistribués aux exploitants de la ceinture verte et des jardins flottants, afin de garantir la circularité du modèle : les déchets des uns deviennent les ressources des autres. Cette démarche favorise la diminution de l’usage de produits phytosanitaires.

L’installation de toilettes sèches publiques permettrait de recueillir les déjections humaines qui, une fois compostées, seraient à même de servir d’amendements (engrais) dans les exploitations périurbaines. En plus, des réservoirs d’eau installés en façade des immeubles permettraient de recueillir une quantité de ressource considérable tout au long de l’année.
Enfin, en complément des composteurs, les Ekovores envisagent l’installation de poulaillers urbains. Présents chez les habitants ou dans des structures plus collectives, les poules seraient alimentées en partie par les fonds d’assiettes (épluchures, restes, etc.) et produiraient des œufs pour la population nantaise.

Tous ces aménagements s’accompagneraient de la mise en place d’une législation incitative et la construction d’un tissu social totalement impliqué dans la démarche. De nouveaux métiers seraient créés. Les Faltazis ont imaginé la mise en place d’un site communautaire, qui mettrait en lien les différents acteurs du modèle. C’est une véritable mutation qui s’engagerait pour l’agglomération nantaise.

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Concrétisation

Les Ekovores s’inscrivent dans une démarche globale d’économie circulaire. Les énergies fossiles se raréfiant, les sols s’appauvrissant, il faut repenser la manière de produire et de consommer. En fonctionnant par cercle vertueux et en optimisant les ressources, les Ekovores représentent une situation innovante pour répondre aux impératifs et aux besoins de la ville de Nantes à l’horizon 2030.

Pensé pour faire réfléchir les citoyens et les autorités publiques, le projet est amené à être réalisé dans un moyen terme. A ce stade, les équipements dessinés par Laurent et Victor ne font face à aucune limite technique (à l’exception des unités électriques éoliennes, encore en développement). Cependant, les modèles économiques et financiers restent à trouver (les devis actuels affichant des coûts élevés). Mais les investissements futurs dans ses industries prometteuses et la hausse du prix des produits issus de la pétrochimie devraient inverser la balance.

Récemment, des contacts ont été pris avec les élus, notamment Jean-Marc Ayrault à l’époque maire de Nantes, afin de suivre l’avancée du projet et envisager sa concrétisation. C’est ainsi que suite à la proclamation par la Commission Européenne de Nantes, « capitale verte de l’Europe » pour l’année 2013, la Communauté Urbaine s’intéresse à l’installation d’un poulailler urbain. Affaire à suivre.

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