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Point de vue : quel système monétaire et financier dans une économie circulaire ?

Si la mondialisation et l’harmonisation des monnaies avaient pour but performance et simplification, force est de reconnaître que la mécanique s’est enrayée, victime d’un gigantesque surrégime.

Admettons…

- Que finalement nous acceptions de renoncer à cette course effrénée du profit à court terme.
- Que les limites économiques et environnementales du système actuel soient clairement identifiées et que des mesures visant à initier une véritable transition soient prises.
- Que les grandes entreprises abandonnent l’idée du seul enrichissement à court terme voulu par les marchés et les actionnaires ainsi que son modèle passéiste d’économie linéaire du Produire – Consommer – Jeter, pour basculer dans l’économie circulaire et dans le cercle vertueux du Produire – Utiliser – Recycler.
- Que nous, individus, acceptions non plus d’acheter mais de louer nos produits de consommation (hors la nourriture et autres produits biodégradables, dont le potentiel est énorme, notamment dans le domaine des emballages) et que les différents acteurs considèrent le recyclage de leurs produits comme autant de valeur ajoutée à l’économie, leur participation active et voulue à un modèle régénératif, propre notamment à accroître le capital naturel.

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Quelles seraient alors les bases de ce nouveau modèle économique ?
Un modèle qui permettrait aux uns de financer Recherche et Production et aux autres de retrouver un mode de vie et de consommation plus originel et raisonné où les notions mêmes de profit ou de propriété tendraient à ne plus être les seules sources de motivation.

Que serait cette finance solidaire en dehors du doux rêve de quelques utopistes ?
Il existe déjà aujourd’hui un certain nombre de mouvements décrivant ce que pourrait être la monnaie du futur, une monnaie qui serait émise par ceux qui créent de la valeur et non par ceux qui gèrent “des actifs de confiance” (Banques, Compagnies d’assurances).
Il en existe fort probablement beaucoup d’autres tout aussi fous et tout aussi respectables mais également tout aussi embryonnaires ; aujourd’hui Lemon Way ou encore Meta currency Project sont les plus souvent cités.
Ces monnaies alternatives ne sont pas réellement une nouveauté en tant que telle car on peut lister historiquement et de manière non chronologique (Source Wikipédia) :

- SEL: (Systèmes d’Echange Local).
- JEU: (Jardin d’Echange Universel)
- Monnaie fondante. La monnaie fondante est une monnaie sur laquelle est appliqué un intérêt négatif (aussi appelé démurage), ce qui lui fait perdre de sa valeur avec le temps. La plupart des monnaies sociales sont fondées sur ce principe des monnaies fondantes.
- Troc traditionnel, de biens mais aussi de services.
- Réseaux d’échanges réciproques
- Ithaca hour: Dans l’état de New York un écologiste a créé une monnaie alternative basée sur l’heure de travail. Plus de 2000 commerçants ont été séduits par le système et réalisent un chiffre d’affaire annuel de plus de 2 millions de dollars.
- @lliance conviviale: ECU (exchange convivial unit)
- Monnaie libre ou open money: Une monnaie libre consiste en un ensemble de règles et processus qui définissent l’émission, l’évolution, la circulation et la consommation d’une monnaie ouverte, suffisante, décentralisée, peer-to-peer et démocratique. Elle appartient au domaine public tout comme les logiciels ou les productions intellectuelles du logiciel libre. Elle est conçue, développée, testée, documentée et mise en circulation de manière collaborative, chacune de ses parties pouvant être transformée et améliorée par quiconque. Les monnaies libres sont désignées sous le terme d’Open Money en anglais, suivant les travaux de Michael Linton et Ernie Yacub à l’origine de cette vision.
- monnaie temporaire : cette conception de l’argent est inspirée par les travaux de Rudolf STEINER et par l’anthroposophie. celle-ci a entre autres inspiré les écoles Steiner, l’agriculture biodynamique et une économie à orientation sociale…

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De la même façon que de nombreux blogs ont permis d’apporter de la fraîcheur dans le domaine des médias, des monnaies complémentaires apparaissent chaque jour comme autant d’alternatives locales à la panne sèche qui grossit l’horizon et qui pourrait bientôt l’emplir tout à fait.
Plusieurs milliers de monnaies alternatives fonctionnent déjà sur la planète comme autant d’expériences d’autres systèmes d’échanges et de mesure des richesses. Ces monnaies souvent locales donnent un souffle nouveau à l’économie régionale et s’émancipent des marchés financiers.

On notera à ce sujet le travail de Bernard Lietaer, ex-dirigeant de la Banque Centrale de Belgique  qui définit la monnaie comme n’étant qu’un accord au sein d’une communauté de personnes sur l’outil à utiliser pour permettre les échanges de biens et de services.

Dans le fond, comme l’indique Paul Jorion dans un billet de blog :

…tenter les monnaies libres, ce n’est pas utiliser un outil miracle, ce n’est pas changer de système, c’est penser une autre manière d’être et de vivre ensemble, de reconsidérer la richesse et l’échange afin qu’ils servent l’humain et la planète dans toutes leurs dimensions…

Une autre piste très intéressante, le social business

Le père fondateur du social business est Muhammad Yunus (social business et micro crédit).

Muhammad Yunus (né le 28 juin 1940 à Chittagong) est un économiste et entrepreneur bangladais connu pour avoir fondé la première institution de microcrédit, la Grameen Bank, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix en 2006. Il est surnommé le « banquier des pauvres (Source Wikipédia).
Traditionnellement, on distingue les entreprises s’inscrivant dans une logique de profit des organisations à but non lucratif du type ONG ou associations.

Le social business emprunte aux deux modèles. Les revenus générés ont pour but de couvrir, les coûts pour équilibrer le compte d’exploitation et assurer ainsi la pérennité de l’activité. Les actionnaires peuvent, comme dans une entreprise classique, récupérer le capital investi s’ils le souhaitent. En revanche, il n’y a pas de versement de dividendes. Les profits éventuels sont intégralement réinvestis au service de la mission poursuivie. La priorité du social business est de mener à bien cette mission en s’appuyant sur un modèle économique pérenne (et non tributaire du soutien de donateurs). Les actionnaires attendent un retour sur investissement, mais les profits recherchés ne sont pas financiers mais sociétaux.

On arrive ainsi à un modèle qui s’intercale entre le système capitaliste traditionnel et le milieu associatif ou les ONG. Il semblerait même que le modèle économique du social business consiste en fait à réparer les dégâts sociétaux crées par le capitalisme financier.
C’est en tout cas ce qu’il ressort des actions du Yunus Centre qui s’attache à créer une nouvelle structure opérant selon le modèle du social business dès qu’un problème vient à surgir (malnutrition, sècheresse, logement, problèmes de santé publique etc.).

Ce modèle est très intéressant car il ne nécessite pas la refonte du système monétaire et financier tel qu’abordé précédemment. Reste à s’assurer qu’il intègre, lui aussi, une économie circulaire créant ainsi le must du modèle vertueux du futur à savoir une économie circulaire solidaire.

Conclusion

Il ne s’agit ici que d’alimenter le débat et de décrire, à grands traits, une vision de ce que pourrait être tout ou partie du futur de nos économies.
Je n’ai certes pas la solution miracle mais ce que je sais, c’est qu’une ou des solutions existent.

Je ne peux croire que la possibilité de redonner aux citoyens du monde la responsabilité et la gestion de leur propre monnaie ou de promouvoir le modèle du social business ne puisse être l’apanage que de quelques fous utopistes.

Il faudra certes du temps, beaucoup de temps, pour procéder au démaillage de nos organisations actuelles et rien ne sera possible si cette vision, qui concerne les générations futures,  n’est pas acceptée par ceux qui n’en verront ni toute la mise en place ni même les premiers effets.

A propos de l'auteur...

Titulaire d’une licence et d’une maîtrise de littérature et de langue anglaise, Pierre Coatrieux a préparé le CAPES et l’Agrégation d’anglais à l’Université de Paris Sorbonne. Au lieu de mener une carrière universitaire traditionnelle, il poursuit des études d’expertise comptable et travaille de 1988 à 2002 dans de grands cabinets d’audit et de conseil comme Arthur Andersen et Ernst & Young. Aujourd’hui Directeur Général délégué de TMF Group en France, il anime également un blog sur Médiapart dédié à la crise financière et au futur de nos économies.

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