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Agroforesterie

La fin de la deuxième guerre mondiale en 1945 marque un tournant dans l’agriculture européenne. Afin de développer les secteurs secondaires et tertiaires et d’augmenter les rendements agricoles pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, on assiste à l’avènement d’une agriculture moderne et mécanisée, reposant sur le pétrole. La hausse de la productivité est permise par la mise en place de la Politique Agricole Commune (PAC) dès 1962, par la création de l’INRA, mais aussi par l’intégration des engrais et des produits phytosanitaires reléguant l’agriculture traditionnelle en arrière-plan. Le « paysan » n’est plus et laisse sa place à l’« exploitant agricole ». Les bocages sont démantelés et l’openfield se généralise.

Aujourd’hui, le modèle a atteint ses limites : stagnation des rendements, baisse de la matière organique des sols, régression de la biodiversité, résistances croissantes des ravageurs et des mauvaises herbes. Face à ce constat, s’organise depuis une vingtaine d’années environ un retour progressif à la terre. Désormais, les Lois d’Orientation Agricole prônent une utilisation raisonnée des pesticides et une rationalisation du système de production : il faut produire moins, et mieux.

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Dans ce contexte, une nouvelle pratique agronomique a récemment vu le jour : l’agroforesterie. Il s’agit d’associer sur une même parcelle des plantations d’arbres dans des cultures. Ce mode d’exploitation diffère du simple boisement car ici, la vocation de production est mixte : l’une annuelle (cultures, prairie, etc) et une autre différée sur le long terme – à savoir les arbres. Les arbres sont le plus souvent répartis en lignes espacées de 20 à 30 mètres en moyenne pour ne pas freiner le travail des machines agricoles. Quant à leur nombre, les chercheurs de l’INRA Montpellier ont démontré qu’une densité de 30 à 100 individus adultes par hectare serait optimale afin de conserver une culture intercalaire rentable.

Dès la première parcelle d’expérimentation en 1985, l’agroforesterie présentait quatre atouts : la diversification des exploitations agricoles, la fourniture de bois de grande qualité à l’industrie, le respect de l’environnement et l’entretien de paysages ruraux attractifs et originaux.
Les avantages sont en réalité multiples, et touchent surtout à la circulation et à la valorisation des nutriments biologiques.

Une production directe multipliée

L’association arbres-cultures permet une augmentation de 20 à 40% de la biomasse par rapport à une parcelle uniquement culturale. La productivité des arbres est 2 à 3 fois supérieure à la productivité en pleine forêt. Le rendement de la culture a, quant à lui, tendance à décroître progressivement tout au long du développement de la parcelle, mais en restant toujours supérieur à 50% du rendement de référence. À première vue, cela pourrait poser des problèmes en matière de revenu pour les agriculteurs. En réalité, le bois représente une source de revenus très prometteuse, qui s’ajoute au revenu de la culture. L’INRA a estimé qu’un exploitant avec 25% de sa surface agricole en agroforesterie verrait son revenu multiplié par 2 avec l’exploitation progressive des arbres. Par ailleurs, ce bois de très bonne qualité devrait peu à peu venir substituer un marché tropical qui commence à faiblir sous le poids de mesures d’encadrements toujours plus sévères.

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Un cercle vertueux durable entre l’arbre et la culture

Les arbres présents sur la parcelle protègent les cultures contre les intempéries et le soleil. Cet effet de « bulle » induit un microclimat qui limite fortement les risques d’échaudage ou de stress printanier, des facteurs de baisse de rendement chez les céréales notamment. À leur tour, les cultures intercalaires jouent le rôle de barrières lors d’épisodes incendiaires. 
La coopération est en réalité plus intime. En grandissant, l’arbre développe un filet racinaire très étendu (une surface d’une centaine de mètres-carré pour une profondeur d’une dizaine de mètres) qui va être favorable à la circulation des nutriments biologiques entre les acteurs. En effet, les racines de chaque plante présente sur un territoire sont associées à un réseau de champignons, formant une symbiose appelée mycorhize : cette toile souterraine relie entre eux tous les individus végétaux d’un même environnement. Ces mycorhizes sont à l’origine des écosystèmes les plus complexes et sont dès lors d’une importance primordiale dans les sols. Les échanges symbiotiques entre ces acteurs permettent une circulation accrue de l’eau et des nutriments, et une collaboration trophique gagnant-gagnant. Dans les cultures traditionnelles, l’utilisation de fongicides et la pratique du labour excluent l’existence de cette relation. Qui plus est, ce réseau dense de racines stabilise le sol et lutte contre l’érosion.

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Dans un second temps, du fait de l’occupation des sols par les cultures, l’arbre s’enracine plus profondément ramenant ainsi l’eau à la surface pour les plants. À leur tour, les nitrates issus de la culture sont captés par l’arbre et contribuent à sa croissance, limitant ainsi les fuites dans les nappes phréatiques. La mort des racines fines tout au long du cycle de vie de l’arbre garantit aussi une hausse de la teneur en matière organique du sol. Ces deux derniers points favorisent un diminution de l’usage d’engrais et d’amendements.
Enfin, le contact arbre-culture crée un effet de lisière, favorisant la biodiversité et le développement d’une faune très utile pour l’agriculteur. Ces espaces-tampon sont le refuge d’une multitude d’organismes dits auxiliaires, autrement dit les espèces animales ou végétales antagonistes aux nuisibles et aux ravageurs des cultures. Ainsi, la larve de coccinelle est un antagoniste des pucerons, puisqu’en les mangeant elle limite la prolifération de maladies véhiculées par le puceron lui-même, comme la jaunisse nanifiante des céréales. Cet équilibre ravageurs/auxiliaires limite le recours aux pesticides.

Lutte contre le changement climatique et renouvellement des paysages ruraux

Les arbres sont de véritables puits à carbone, stockant via la photosynthèse le CO2 présent dans l’air sous forme de matière organique et le réinjectant par la suite en profondeur dans le sol. Les expérimentations menées par Christian Dupraz, directeur de recherche à l’INRA, ont montré que les arbres pouvaient capter jusqu’à une tonne de carbone par an par hectare de parcelle agroforestière, via la mort des racines fines.
En développant l’agroforesterie, l’agriculteur recrée une campagne attrayante en favorisant la diversité des paysages – en opposition aux campagnes trop souvent rases et monotones.
Concernant les réglementations de l’Union européenne, l’agroforesterie est en totale adéquation avec les nouveaux principes de la PAC et des Lois d’Orientation Agricole (LOA) qui s’orientent depuis 1999 vers la promotion de la protection de l’environnement et la participation au développement des territoires ruraux. Les instances communautaires mettent du temps à appréhender cette nouvelle pratique agronomique, mais depuis 2007 une mesure de soutien a été mis en place. Le but étant à terme d’intégrer l’agroforesterie à la définition de parcelle agricole dans la perspective de l’obtention des aides notamment.
D’ici 2030 la France souhaite atteindre 500 000 ha de parcelles en agroforesterie…

conclusion

L’agroforesterie représente une opportunité agronomique nouvelle, fondée sur la diversité des productions et la complémentarité entre les organismes vivants. Cette pratique permet une circulation plus efficiente et plus raisonnée des nutriments biologiques. Evidemment, produire avec les arbres implique des évolutions pour la filière : se projeter à long terme, comprendre le rôle agroécologique de l’arbre et l’envisager comme une production à part entière, renforcer les enseignements… Le développement de l’agroforesterie suppose de repenser le système de production dans son ensemble, en innovant et en cherchant d’autres techniques culturales, basées sur la diversification et sur une valorisation nouvelle des arbres et des cultures. 

Bibliographie

LIAGRE Fabien, SANTI Frédérique, VERT Julien. « L’agroforesterie en France : intérêts et enjeux ». Analyse, 2012, n°37.
Mission Communication de l’UMR System, INRA Montpellier. Agroforesterie : des résultats obtenus par l’INRA applicables dès maintenant. [En ligne]. Disponible ici
MASSON Benjamin. « Agroforesterie : quand écologie rime avec rentabilité ». Agravalor, 2006, n°141.
UMR System, INRA Montpellier. PIRAT 2010 : Rapport d’étude 2010. 2010, 80 pages.

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