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De l’économie circulaire appliquée à l’industrie automobile. Le cas pratique de l’usine de Choisy-le-Roi

July 18, 2013

La dépendance de l’industrie automobile vis-à-vis des matières premières et de certains métaux précieux constitue une contrainte majeure, et la gestion des approvisionnements revêt des enjeux hautement stratégiques. Elle est par exemple la première consommatrice de plomb avec 60% de la production mondiale qui lui est destinée. Or, selon certaines études, les réserves seront épuisées d’ici 2030 1. Outre les problèmes de pénuries ou d’approvisionnement de certains métaux – rares ou non – l’augmentation de la demande mondiale en matières premières engendre des hausses brutales des prix. Des surcoûts, qui s’élèvent chaque année à plusieurs milliards d’euros pour l’industrie automobile.

Anticiper les pénuries, sécuriser les approvisionnements, sont au cœur des préoccupations des constructeurs qui, en parallèle, développent des solutions technologiques pour limiter leur dépendance vis-à-vis des terres rares par exemple. La diplomatie des matières premières est également à l’œuvre au niveau de l’union européenne notamment, mais l’un des autres leviers d’action consiste à s’engager vers le recyclage. Avec 12 millions de véhicules détruits par an dans l’Union européenne dégageant autant de tonnes de matières premières diverses, les déchets automobiles constituent un véritable gisement 2. Sécuriser ces apports de matières premières secondaires, investir dans les technologies de recyclages et augmenter l’usage de matières recyclées apparaissent comme des perspectives prometteuses. Cependant, intervenir en amont du recyclage par le biais du remanufacturing s’avère nettement plus profitable en termes de réduction d’impacts, d’économies d’énergie et de matières premières.

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Etude de cas : l’usine de Choisy-le-Roi

Le remanufacturing, ou le reconditionnement, activité aujourd’hui en pleine expansion, consiste à remettre en état de marche une pièce, un produit, conformément aux caractéristiques de son état d’origine. À titre indicatif, le secteur emploie 350 000 personnes aux Etats-Unis, et seulement 35 000 en Europe pour un parc automobile équivalent.

L’activité est bien connue chez Renault puisque la production de moteurs remanufacturés a démarré en 1949 sur le site de Choisy-le-Roi, seule usine du groupe sur cette branche d’activité. Depuis, l’usine a diversifié son offre avec les pompes à injections (1989), les boîtes de vitesses (2003), les injecteurs (2010) et les turbocompresseurs (2013). Aujourd’hui, 325 personnes travaillent sur le site, assurant l’ingénierie et la production de six familles d’organes mécaniques, fabriqués à la demande sur des lignes de production. Les pièces remanufacturées sont exclusivement destinées à la réparation des véhicules en cours d’usage.

Face à une défaillance nécessitant l’échange d’un organe mécanique, le client se voit proposer une pièce neuve ou une pièce remanufacturée lorsqu’elle existe – ce qui est le cas pour 70% des références de pièces couvrant plus de 90% du parc automobile de la marque.

- Laurent Claude, Business Developer Renault Environnement

Les pièces incidentées (carcasses) déposées sur des véhicules en cours d’usages sont collectées dans le réseau commercial par la logistique inverse de la distribution des pièces de rechange
Les pièces incidentées (carcasses) déposées sur des véhicules en cours d’usages sont collectées dans le réseau commercial par la logistique inverse de la distribution des pièces de rechange

Avantages multiples

Outre le fait d’être de 30 à 50% moins chères, les pièces remanufacturées bénéficient des mêmes garanties et satisfont aux mêmes tests de qualité que les pièces neuves. Il s’agit, de plus, de la seule offre disponible sur le marché lorsque la production en série de la pièce a été arrêtée.

Contribuant à l’allongement de la durée de vie des véhicules, maintenant l’essentiel de la valeur ajoutée des organes d’origine, économisant énergie et matière, l’usine de Choisy-le-Roi met en œuvre un modèle circulaire cohérent. D’autant que l’activité requiert une main d’œuvre qualifiée, a fortiori non délocalisable.

L’existence d’une offre échange standard, complémentaire à l’offre de pièces neuves, est un argument commercial, car elle permet d’effectuer une réparation avec une pièce offrant une durée de vie cohérente avec celle du véhicule réparé, à un coût acceptable, lui-même cohérent avec la valeur résiduelle du véhicule. À ce titre, l’offre échange standard permet de prolonger la durée d’usage des véhicules, en évitant de les déclarer économiquement irréparables, ce qui arrive lorsque le coût de la réparation dépasse leur valeur résiduelle

- Laurent Claude, Business Developer Renault Environnement

© Choisy-le-Roi
© Choisy-le-Roi

Des économies tous azimuts

Enfin, les économies réalisées en termes de consommation d’énergie et de matières premières plaident en faveur de cette activité au fort potentiel. Au niveau mondial, l’énergie économisée grâce à l’activité de remanufacturing serait équivalente à la production d’électricité de huit centrales nucléaires 3. A Choisy-le-Roi, si les chiffres ne sont pas de cet ordre, ils demeurent toutefois éloquents.

En effet, par rapport à une pièce neuve, la production d’un organe remanufacturé permet d’économiser :
• 80% d’énergie
• 88% d’eau
• 92% de produits chimiques
• 70% de déchets

Par ailleurs, l’activité de Choisy-le-Roi ne produit aucun déchet ultime destiné à l’enfouissement :
• 43% de la masse des carcasses est réutilisée 4 dans les organes remanufacturés
• 48% de la masse des carcasses est recyclée dans les fonderies du groupe pour produire de nouvelles pièces

• 9% est valorisés dans les filières de traitement

Malgré les processus et les investissements qu’elle nécessite, cette offre reste rentable pour le constructeur, car elle permet d’augmenter les volumes de ventes des pièces de rechange pour une offre mieux positionnée en prix ; de fidéliser les clients dans le réseau de la marque et de faciliter la pérennité de l’offre de pièces de rechange, à des coûts maîtrisés, bien au-delà de l’arrêt de production en série des organes neufs


- Laurent Claude, Business Developer Renault Environnement

Aller plus loin ?

Les pièces mécaniques sont généralement conçues pour être réparées, mais il est possible d’aller encore plus loin dans la recherche de gain de matière ou de pièces. Ainsi des études sont en cours avec les secteurs d’ingénierie des futurs organes mécaniques pour améliorer la conception de certaines pièces afin de permettre un désassemblage plus aisé des organes et d’augmenter la recyclabilité des matériaux. D’autres études portent encore sur la révision des critères d’acceptation et d’interchangeabilité des composants. Il est encore trop tôt pour évaluer les gains de ces différentes initiatives, mais ces recherches vont sans aucun doute dans le bon sens pour se positionner sur un marché très prometteur. D’après le CLEPA (European Association of Automotive Suppliers), le marché du remanufacturing est estimé entre 8 à 10 milliards d’euros en Europe.

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L’usine de Choisy-le-Roi en chiffres

325 employés
Les pièces Echange Standard produites à Choisy-le-Roi pèsent pour plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Pièces remanufacturées en 2012 :
Moteurs : 14681
Boîtes de vitesses : 21 241
Pompes à injection : 32 691
Injecteurs : 151 325
Culasses : 3 540

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